Chaque semaine, Anouk Van Gestel repère le meilleur des sorties littéraires, relie les genres, réveille les classiques oubliés, partage ses trouvailles insolites et ses rencontres d’auteurs, d’ici ou d’ailleurs.
L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine
Un photographe est envoyé à Gaza pour figer l’horreur et ramener des images pour témoigner d’une tragédie que le monde croit connaître : la destruction d’une ville, l’abyssale détresse d’un peuple et la souffrance dans chaque regard croisé. En déambulant dans les ruines, il aperçoit un vieil homme assis devant ce qui ressemble à une librairie. Il pense avoir trouvé sa photo : elle incarne la résilience, l’espoir, la guérison par la lecture. Entre les deux hommes, un lien va se créer. Nabil invite le jeune français à s’asseoir pour écouter son histoire et celle des siens avant de pouvoir le photographier.
L’extrait
Et pourtant on continue de vivre. Un théâtre de misère et de folie, un bal grotesque où les vivants ne sont plus tout à fait vivants, mais pas encore tout à fait morts. Ils se traînent dans les ruines comme des fantômes, avec l’air de ceux qui ont tout vu, tout perdu, et qui n’attendent plus rien, sinon la fin. Mais ça continue. Et il faut bien vivre en attendant. Alors les gosses courent et rient encore et toujours. Ils savent déjà tout de la mort.
Pourquoi le lire ?
Un livre court qui, plutôt que de parler de désolation et de chaos, raconte comment les livres peuvent représenter un rempart contre la déshumanisation. A travers Nabil, c’est une partie de l’histoire de la Palestine que nous découvrons. L’écriture est sobre, rythmée, humaniste et pleine d’espoir : on peut facilement détruire une ville, plus difficilement une mémoire.
L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine, Pocket éditions, 7,90 euros

