end header
Motor Girl
Motor Girl (c) Terry Moore / Delcourt
Motor Girl
Motor Girl (c) Terry Moore / Delcourt
Motor Girl
Motor Girl (c) Terry Moore / Delcourt

BD
MON SINGE ET MOI

Gilles Bechet -

Une ex-Marine et son Gorille imaginaire essaient de tirer de gentils extraterrestres des griffes des hommes en noir. Une alchimie réussie d’action, de burlesque et d’introspection.

 

Décor

Une clé à molette à la main, Samantha discute de la fin de la civilisation avec Mike, un gorille de deux mètres vingt, dans une casse de bagnoles écrasée par le cagnard du Nevada. Les choses se compliquent quand une soucoupe volante tombe du ciel pour s’encastrer dans une DeSoto au purgatoire. Le décor est planté, c’est parti pour plus de 200 pages de BD qui mélange avec bonheur l’action, la fantaisie, la psychologie, l’humour et l’introspection.

 

Alchimie subtile

Terry Moore est un auteur de comics américain qui s’est fait connaître avec la série Strangers in Paradise, publiée à compte d’auteur et couronnée d’un Will Eisner Award. Sur un mode soap opera, l’auteur s’intéresse à un triangle amoureux entre deux personnages féminins et un masculin, avec, ce qui fait sa griffe, une alchimie subtile entre le burlesque, le psychologique et l’univers violent de la mafia. Avec Motor Girl, publié en une séquence de 10 comic books, il reprend quelques éléments de la science-fiction, les soucoupes volantes, les petits hommes (qu’on imagine) verts pour les intégrer à son univers personnel.

 

Désordre personnels

Si Samantha a voulu s’isoler dans une casse au fin fond du désert, c’est parce qu’elle aime les bagnoles sans doute, mais surtout parce qu’elle a quelques désordres personnels à régler.

Elle revient d’Irak où elle a servi à trois reprises dans le corps des Marines. Elle y a été capturée, torturée et a survécu à deux bombes. Forcément, ça laisse des traces.

Pour veiller sur Samantha, on a Libby, la propriétaire de la casse, une petite vieille au caractère bien trempé. Face à eux s’impatientent des hommes en noir, pas très finauds, qui veulent racheter la casse avec des intentions plutôt nébuleuses pour le compte d’un certain Monsieur Hergé. En arbitre, il y a des extra-terrestres, mignons comme des bisounours, mais qui peuvent, quand on a le dos tourné, se transformer en bestioles nettement moins rassurantes.

 

Baume au coeur

Samantha, dans son genre, est assez butée, mais elle n’est pas idiote non plus. Elle sait qu’elle a un rapport compliqué avec la réalité. Des séquences de guerre lui reviennent par flashes. Il y a désert et désert, le bruit des explosions et le sifflement des balles. Et son copain Mike n’est peut-être que dans sa tête. Un vrai baume au coeur celui-la. Il ne refuse jamais d’aller boire une petite mousse, mais il n’a pas sa langue en poche pour remettre Samantha à sa place.

 

Personnages attachants

Avec ses personnages attachants et bien croqués, un dessin délicat et efficace et une écriture brillante, Terry Moore réussit à nouveau à mêler plusieurs genres sans laisser voir les coutures. Ses dialogues super bien écrits, incisifs, touchants et drôles font mouche.

Le récit parfaitement mené nous ballade sans temps mort de séquences d’action en comédie, et à la contemplation silencieuse d’un ciel étoilé.

 

Motor Girl, Terry Moore, Delcourt, 224 pages N&B, 19,99 euros