BD LE COMBAT INTIME DE PIF LE CHIEN - Bazar Magazin | Magazine de l'art de vivre - Lifestyle & Tendances

BD LE COMBAT INTIME DE PIF LE CHIEN

Gilles Bechet -

Un livre objet impudique et puissant où le dessinateur LL de Mars a convoqué Pif le Chien, le personnage de son enfance, pour conjurer la disparition douloureuse de son père, ancien militant communiste. Le combat qui s’engage dans ces pages éclatées est une guerre sans bombe et sans armée pour la vie.

 

 

Qui ne connaît pas Pif le chien, héros de plusieurs générations. Le personnage de JC Arnal a été créé en 1948 dans le journal communiste L’Humanité pour dénoncer les injustices liées à la pauvreté comme la faim ou le manque de logements. Enfant, le dessinateur LL de Mars lisait Pif magazine lorsque ses pères et grands pères vendaient les journaux communistes sur les marchés. Et c’est ce même héros canin, trait d’union entre les générations que bien des années plus tard le fils a appelé à la rescousse, désemparé de voir son père s’éteindre à petit feu rongé par la maladie sur un lit d’hôpital.

 

Planches cathartiques
Le résultat de cette prise d’otage intime et artistique est un livre objet, impudique et halluciné mais puissant. Dans le sillage de Pif, LL de Mars a également convoqué Top, un chien lui aussi, précurseur de Pif. Dans ces planches cathartiques, il n’y a pas vraiment de narration, mais plutôt des flashes qui se succèdent dans de grands dessins ou des strips. Top incarne le père de plus en plus maigre et décharné, fondant sur un lit d’hôpital tandis que que Pif désemparé essaie, si pas de lui venir en aide, au moins de l’accompagner vers une fin inéluctable.

 

Un doudou pour exorciser la perte
D’entrée de jeu, dans la page de garde, l’auteur se dédouble et se reproduit par la magie du cachet pour raconter son sentiment d’impuissance. On est dans un monde de souffrance et de peurs intimes. Le joyeux et souriant, compagnon d’enfance est convié comme un doudou pour exorciser la perte. De page en page, on change de format de dessin, on passe de la couleur au noir et blanc. Il y a des dessins qui coulent. Une matière noire et gluante qui emporte tout sur son passage. Et puis des petites histoires en strip qui n’arrivent pas à bien finir. Le père malade n’est plus qu’un oisillon efflanqué à qui on ferme les yeux, une peau décharnée tendue sur une branche. Comme dans un cauchemar sans fin, Top est trainé de cachots en trous noirs. Placid et Muzo font même une apparition boulimique. De ce gigantesque cri de douleur, l’auteur en fait une œuvre touchante. Pif ne veut pas laisser partir son père mais sait qu’il ne pourra rien arrêter, ni ralentir. Il sait aussi que c’est pour ça que la vie continue.

 

 

Sous les bombes sans la guerre, LL de Mars, Editions Tanibis, 52 pages coul, 16 €