Chaque semaine, Anouk Van Gestel repère le meilleur des sorties littéraires, relie les genres, réveille les classiques oubliés, partage ses trouvailles insolites et ses rencontres d’auteurs, d’ici ou d’ailleurs.
Habiter l’irréparable, Bernard Polet
En 2017, le journaliste Bernard Polet perd sa soeur aînée dans un accident de la route. De la sidération lors de l’annonce à l’absence au quotidien, en passant par le chagrin, l’auteur se fait appel à ses souvenirs pour raconter comment il tente de surmonter ce deuil qui a bouleversé sa vie. Bernard Polet se tourne alors vers le bouddhisme et la méditation pour retrouver une paix intérieure et accepter la perte brutale de cet être cher.
L’extrait
Et mon coeur…s’en remet vaille que vaille. Cela fait deux mois aujourd’hui que de battre, le tien s’est arrêté. En deux temps, trois mouvements. Comme ça. « Allo, Bernard, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer (…) morte. Je crois qu’il y a une partie de moi qui est toujours là, debout dans le bureau. Moi pendu au téléphone. Pétrifié. Comme les corps calcinés de Pompéi. A jamais. Entre-temps, l’autre partie de moi s’initie au yoga spécial ancrage, se plonge dans la méditation de pleine conscience et se masse le plexus solaire avec de l’huile essentielle de petit grain bigarade.
Pourquoi le lire ?
Lorsque le livre est arrivé dans ma boîte aux lettres, le nom de l’auteur a réveillé des souvenirs bien enfouis. Mais oui, bien sûr : dans les années 90, Bernard Polet présentait Télé-cinéma en duo avec Philippe Reynaert. A l’époque déjà, j’appréciais ses interventions et sa personnalité tout en sensibilité. Son récit m’a touchée par sa sincérité, son humour et cette façon sans pathos de nous rappeler que si l’on ne répare pas l’irréparable, on peut apprendre à l’habiter.
Habiter l’irréparable, Bernard Polet, Lily’s éditions, 21,50 euros

