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Dialogues funèbres, Lionel Pennings, DR
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Dialogues funèbres, Anaïs Pessoz DR
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Dialogues funèbres, Claude Cattelain, Daniele Coppola, DR
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Dialogues funèbres, Anaïs Pessoz, DR

Expo
la mort
vous va si bien

Gilles Bechet -

Avec Dialogues funèbres, le cimetière de Laeken abrite une étonnante et poétique exposition où une dizaine d’artistes contemporains dialoguent dans un grand respect avec ce lieu singulier et universel.

 

art funéraire

Associer une exposition d’art contemporain dans le silence recueilli d’un cimetière peut sembler une association audacieuse ou à tout le moins curieuse. Pourtant quand on visite l’exposition Dialogues funèbres au cimetière de Laeken, la proposition prend tous son sens. C’est une évidence même. D’abord le cimetière de Laeken, le plus ancien cimetière de la capitale est aussi le plus beau. La mémoire des défunts et l’amour par delà la vie y ont produit quelques chefs d’oeuvres de la statuaire et de l’art funéraire. On y trouve aussi un exemplaire du Penseur de Rodin. Ensuite, ce lieu chargé par la présence de tous ces disparus est particulièrement propice à l’introspection sur le passage du temps et la fragilité de la vie, des thématiques que se partagent de nombreux artistes.

des dons au temps qui passe

Quand on parcourt les galeries souterraines où se concentrent les pièces exposées, on doit chercher les interventions artistiques, tant elles se fondent dans le décor, s’en imprègnent et y font écho.
Une des conditions posées aux artistes et au curateur Stéphane Roy a été le respect absolu du lieu et de patrimoine funéraire. Aucune vis, aucun trou ou aucune attache d’aucune sorte ne doit lier les oeuvres au lieu qui les accueille. Comme des dons au temps qui passe. Dans ces allées tamisées de poussière, éclairées par la lumière verticale des verrières carrées, on ne peut marcher qu’à pas comptés, de peur de déranger. Les vasques brisées, bas reliefs rabotés, couronnes desséchées et escabeaux abandonnés confèrent au lieu une ambiance toute particulière que les artistes prolongent et respectent. Il n’est pas étonnant qu’une des thématiques les plus prégnantes qui relie toutes les pièces soit celle des traces et de ce que la matière en retient.

Le minéral et l’organique

Des traces de pieds et de genoux chez Werther Gasperini, des traces d’un journal trouvé pendant le confinement ou de chaussures usagées de Joao Freitas dont il ne reste plus que les empreintes de papier. Il ya les traces photographiques de Margot Jourquin dont on tourne les pages
Et puis il y a des traces de vie avec la végétation emprisonnée et protégée dans les sculptures en verre de Anaïs Pessoz qui suspend aussi ses empreintes organiques comme de ex-votos. Des traces de main sur la barre de laiton de Daniele Coppola où les empreintes de main se tordent dans un geste étiré pour l’éternité.
Au détour d’un couloir, deux boites blanches anonymes, presque banales, sont posées sur le sol. Elles contiennent des dépouilles d’oiseaux communs, pigeon pie que Claude Cattelain a emprisonné dans un sarcophage de résine dont la matière entre le minéral et l’organique reflète les cicatrices du temps qui s’impriment dans les murs chaulés de l’allée.
Si la mort est une prison, Lionel Pennings nous en donne une poétique porte de sortie à moins qu’il ne s’agisse d’un droit de regard sur l’autre monde.

 

Dialogues funèbres
Galeries funéraires du cimetière de Laeken
Parvis Notre Dame
1020 Bruxelles
Jusqu’au 15 mai 22
Ouvert tous les jours de 10h à 16h