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1. Ismaïl Bahri, Geste #3, 2018 - Scotch et sable de mer déposés sur une percée au mur - © Isabelle Arthuis
2. Ismaïl Bahri, Des gestes à peine déposés dans un paysage agité, 2018 - Vidéo couleur HD 16/9, son, 4 minutes en boucle - © Isabelle Arthuis
3. Vue de l'exposition d’Ismaïl Bahri à La Verrière, Bruxelles, 2018 © Isabelle Arthuis
4. Vue de l'exposition d’Ismaïl Bahri à La Verrière, Bruxelles, 2018 © Isabelle Arthuis
5. Ismaïl Bahri, Geste #1, 2018 - Feuille de papier buvard jaune et courant d’air & Geste #2, 2018 - Feuille de papier calque et courant d’air - © Isabelle Arthuis

Ode à l’étonnement
à la Verrière

Romane Henkinbrant -

Pour la 8ème exposition du cycle Poésie Balistique orchestré par la Fondation d’entreprise Hermès à La Verrière, le commissaire Guillaume Désanges présente une exposition personnelle de l’artiste franco-tunisien Ismaïl Bahri. Des gestes forts – certains médités, répétés, d’autres issus d’une rencontre fortuite – entre ombre et lumière. Visite en compagnie de l’artiste.

 

Constructions et accidents

 

La Verrière n’est plus : connue pour sa luminosité éclatante, Ismaïl Bahri a métamorphosé le célèbre espace à l’aide d’une construction monumentale canalisant la lumière naturelle, pourtant incontrôlable. Ainsi, cette dernière devient projecteur, réveillant les gestes de l’artiste et révélant la poésie d’un travail minimal, presque invisible. Cette architecture engendre des phénomènes inattendus ayant rapidement intéressé Ismaïl : Lors de mes premières interventions au sein de l’espace, j’ai commencé à déposer mes dessins et on s’est rendu compte qu’à certains moments, la différence de pression entre les deux espaces – intérieur et extérieur – produisait des petites vibrations que ces feuilles rendaient de différentes façons, c’est-à-dire qu’elles se pliaient, vibraient… C’était un moment d’étonnement qu’on voulait garder tel quel (cf. 5. Geste #1). Parfois, les oeuvres simplement épinglées et secouées par un courant d’air révèlent la grandiosité camouflée de l’espace en dessinant le toit de La Verrière au sol, à la manière d’une camera obscura.

 

Délicatesse et chaos

 

Le nom de l’exposition – Des gestes à peine déposés dans un paysage agité – révèle la dualité de cette dernière : la volonté de s’exposer à un paysage agité et de découvrir ce que ces tremblements vont produire comme forme sensible. Une oeuvre en particulier s’inscrit dans cette démarche : une vidéo tournée en Tunisie – où l’artiste travaille souvent et habite parfois – au point le plus au nord d’Afrique, réellement exposé aux vents (cf. 2. Des gestes à peine déposés dans un paysage agité). J’allais filmer autre chose et, comme souvent, l’intention de départ a été déviée par une rencontre. C’est ça qui m’intéresse dans le travail artistique, un peu comme dans la vie. On part avec une idée en tête et on revient avec autre chose. Ainsi, en affrontant la tempête, Ismaïl a été confronté à un paradoxe : La tempête, c’est un chaos absolu. Ce qui m’a étonné, c’est la façon dont plus l’agitation est forte, plus la nature produit des choses délicates dans une forme de géométrie, de mathématique. Une oeuvre éphémère capturée par la caméra. Ainsi, les plantes sont le graphe de ce qui agite le paysage.

 

Une histoire personnelle

 

Né à Tunis en 1978, le travail d’Ismaïl Bahri s’élargit d’intuitions, d’observations et de gestes simples notamment posés sur sa terre natale dont il a ramené un morceau à La Verrière pour sa nouvelle exposition : L’intuition de départ était très simple : je retournais souvent sur la plage où j’allais enfant en Tunisie et je voulais juste mesurer cet endroit […] donc j’ai pris un rouleau de scotch, je l’ai déposé, et ce qui m’a étonné – bien que ce ne soit pas si étonnant que ça – c’est que toute une parcelle de ce sol a été capturée. Ainsi, j’ai apporté avec moi un espace de 90m de long, abrégé en un bloc . Une fois de plus, l’oeuvre a évolué à la rencontre de l’espace : Quand on a commencé à travailler sur l’exposition, on a produit cette saignée entre le sol et le haut de l’espace. C’était intéressant de combiner ces deux mesures – la mesure d’un espace affectif et celle d’un espace d’exposition. L’objet peut être montré différemment. Ici, il vient rendre visible deux distances à la fois (cf. 1. Geste #3). La lumière traversant cette fente expose l’objet comme on expose une pellicule, transformant les grains de sable en une métaphore photographique. Plus loin, une vidéo semble correspondre à la projection cette bobine, dévoilant sous forme d’un travelling naturel le sol de cette même plage pris par la tempête (cf. 4. Vue de l’exposition d’Ismaïl Bahri).

 

Une dose d’étonnement

 

Ce terme semble lier l’entièreté des travaux de l’artiste : il surgit dans le courant d’un travail acharné, comme une saute dans le réel qu’on essaie de capturer pour ensuite créer une nouvelle temporalité. C’est une tentative comme une autre. Ce qui est intéressant dans le fait d’exposer, c’est qu’à un moment donné, on se frotte au réel et on voit ce qui résiste et ce qui ne résiste pas. C’est beaucoup travailler pour se préparer à être prêt. C’est ce qui permet d’avancer .

 

Exposition d’Ismaïl Bahri,

Des gestes à peine déposés dans un paysage agité,

à découvrir du 21 septembre au 1er décembre 2018 à La Verrière, espace d’exposition de la Fondation d’entreprise Hermès (Boulevard de Waterloo, 50).

Du mardi au samedi, 12h-18h.

Entrée libre. Visite commentée chaque samedi à 15h.