Le mystère
du Pão de Ló

Pierre-Benoît Sepulchre -

 

Le Ló est un mot portugais intraduisible et dont les origines sont inconnues. Il a survécu au passé pour désigner une seule et unique chose : le Pão de Ló.

 

© Brussels Express

 

Le Pão de Ló c’est une texture à la fois délicate, moelleuse et légèrement humide d’un pain traditionnel de la région de Porto. Élaboré à base de farine, d’œufs et de sucre cette brioche délicieuse ne serait pas grand chose sans le. En lui réside le mystère d’un terroir situé au cœur de la nation portugaise. Une âme millénaire bercée par les eaux du fleuve Douro, et qui tel Magellan, l’enfant du pays, rêve d’ailleurs et d’Océans.

La fête àSaint-Pierre
© Brussels Express
Brioche festive

En cette terre de tradition chrétienne, le Pão de Ló était consommé à Noël et à Pâques, un peu à l’image du panettone dans le nord de l’Italie. C’est un pain de fêtes : 22 œufs pour 1 kg de pain ! Mais aussi un pain d’offrande : sa forme en anneau vient du fait que son cœur était retiré pour signifier son don au Christ. Il était un pain de communion, à partager autour d’un verre de vinho verde ou de Porto, les vins réputés de ce terroir. Il était un pain de pèlerin aussi, le Ló devant tenir jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle ou Lisbonne, situées à plusieurs jours de marche de là. C’est sans doute ce dernier élément qui a fait la renommée du Pao de Ló puisqu’il réussit à atteindre au cours de son histoire les rois du Portugal, les colonies d’outremer et la diaspora contemporaine.

 

© Brussels Express
Aujourd’hui, le Pão de Ló figure parmi les spécialités du nord du Portugal et fait partie intégrante de la vie quotidienne. Il se consomme seul ou avec du fromage, du jambon ou de la confiture, accompagné d’un verre de vin, de lait ou d’une tassé de thé. Parmi ses variantes, se distingue celui qui fut adoubé par la couronne du Portugal au XIXe siècle, le Pão de Ló de Margaride. Il est produit dans la petite ville de Felgueiras, située à l’intérieur des terres de la région de Porto. Là, les fours royaux de la maison Rosa Sousa, actifs depuis 1730, produisent chaque année 20.000 pains pesant entre 500 gr et 1,5 kg.

 

© Brussels Express
Du pain et du vin

Felgueiras est située à 40 minutes de Porto et à proximité d’un site classé patrimoine mondial de l’Unesco, Guimarães, la ville où fut fondée le royaume du Portugal. Comme sa voisine, Felgueiras date du Haut Moyen-Âge et détient un héritage unique, dont les monuments intègrent la Rota do Românico, un parcours historique le long des églises romanes qui jalonnent la région. Le circuit peut se faire à pied, à vélo ou en voiture, et peut se coupler à la Rota dos Vinhos Verdes, la route dédiée à ce vin apprécié à travers le monde pour sa légèreté pétillante et sa fraîcheur.

 

© Brussels Express
Né comme le Pão de Ló dans les monastères de ce territoire, le vinho verde accompagne l’histoire culturelle et commerciale de la région. Ses micro-parcelles familiales gravent dans les paysages de Felgueiras, la présence millénaire d’une population centrée sur le travail et la transmission de sa culture. 45 cépages constituent l’Appellation d’Origine Contrôlée du vinho verde, dont l’alvarinho, le loureiro, le trajadura ou l’espadeiro. Felgueiras est l’un des acteurs majeurs de cette industrie, puisqu’elle participe au tiers de l’exportation nationale de vinho verde.

 

© Brussels Express
Mondialisation en vue

C’est dans cette stratégie de diversification que s’inscrit la volonté de la Chambre de Commerce de Felgueiras de promouvoir le Pão de Ló de Margaride. En effet, stimulée par le succès touristique du Portugal et de Porto en particulier, la ville de Felgueiras s’appuie sur le Pão de Ló de Margaride pour renforcer ses ambitions patrimoniales, touristiques, et commerciales. Pour ce faire, elle a fédéré les cinq artisans-boulangers de Pão de Ló de Margaride autour de l’Association des Entrepreneurs de Felgueiras, avec pour objectif principal d’obtenir l’Indication Géographique Protégée.

 
Le Pão de Lóen Belgique

© Brussels Express
Cette certification de l’Union Européenne implique de garantir la qualité des ingrédients, des processus de fabrication et de commercialisation. Cette étape arrive à son terme et permettra de mettre en œuvre le deuxième objectif du programme : celui d’accroître les capacités d’exportation du Pao de Ló de Margaride. Pour cela, l’AEF investit dans des nouvelles technologies de congélation, afin de porter la date de péremption de trois semaines à trois mois, et ainsi atteindre des marchés éloignés, notamment ceux où réside la diaspora portugaise, à commencer par celle du Brésil.

 

Plus d’infos : www.paodelodemargaride.pt

Reportage réalisé en collaboration avec Julien Gastelo