Chaque semaine, Anouk Van Gestel repère le meilleur des sorties littéraires, relie les genres, réveille les classiques oubliés, partage ses trouvailles insolites et ses rencontres d’auteurs, d’ici ou d’ailleurs.
C’était ça ou mourir
Jonas Dorléon, un professeur d’histoire-géographie, doit quitter Haïti après avoir vu sa maison et tout son quartier s’embraser. La guerre des gangs a tout ravagé. La fuite, puis l’exil, comme une obligation à vivre avec un membre amputé. La route, les petits boulots et les rencontres d’une frontière à l’autre, jusqu’à arriver au Canada. Pour atteindre le rêve d’une vie meilleure.
L’extrait
Avec Emilio, on partageait les silences. Il parlait peu. De temps à autre, il lâchait des pépites: – Tu sais, le Dominicain n’est pas raciste … C’est un aveugle sélectif.
C’était vrai. A Santo Domingo, les Noirs dominicains oublient qu’ils sont noirs et te regardent comme un chien galeux. Sauf quand tu es médecin. Ou joueur de foot. Ou mort. Là tu deviens humain.
Un après-midi, un touriste canadien m’a demandé combien je gagnais par jour. J’ai répondu : ça dépend de la météo et du racisme. Il a ri. Il m’a laissé dix pesos. Son rire était plus lourd que sa pièce.
Pourquoi le lire ?
– Le roman de Thélyson Orélien fait parler de lui, fait vendre des livres et fait grincer des dents dans le petit monde littéraire. Au cœur d’une controverse sur le plagiat et l’écriture assistée par l’intelligence artificielle, faut-il pour autant condamner le livre avec son auteur ? Déjà couronné du Prix du Roman Fnac, adoubé par les critiques littéraires et les lecteurs, ce récit raconte l’exil avec poésie et un humour corrosif comme bouclier à l’horreur. Un sujet d’actualité qui permet de mieux comprendre le parcours des migrants, les épreuves qu’ils traversent et leur aspiration à un avenir meilleur.
Pourquoi ne pas le lire ?
– Le roman et sa polémique fait trembler l petit monde littéraire parisien : soupçons de plagiat, recours à une IA pour l’écriture, du titre dans la liste du Goncourt et du Femina … Mais le paradoxe est là : le livre peut nous toucher, tandis que les conditions de sa fabrication peuvent représenter un sérieux frein. En revanche, si l’IA peut contribuer à raconter l’exil, elle ne peut pas le vivre. L’auteur, lui, a traversé les épreuves de l’exil, physiquement et dans la douleur. Une expérience personnelle qui éclaire son récit, sans pour autant clore le débat sur la manière dont il a été écrit.. Malgré les controverses, et depuis l’annonce du recours à l’intelligence artificielle, les ventes du livre auraient dépassé les 18 500 exemplaires en une semaine pour atteindre les 70 000 ventes à ce jour. A chacun de se faire sa propre opinion. Lire Thélyson Orélien n’est pas le disculper des reproches qui lui sont faits, mais sommes-nous prêts à dissocier l’œuvre de l’auteur ? J’ouvre le débat sur la page Facebook de BazarMagazin.
C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien, Grasset, 21,50 euros

