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Renault
Jean-Christophe Renault, Photo Dominique Houcmant - Goldo

CD
Les lumineuses variations
de Jean Christophe Renault

Gilles Bechet -

Musicien rare et perfectionniste, Jean-Christophe Renault a fait naître de son piano 12 splendides compositions en état de grâce. Un baume musical pour nos temps troublés, à la fois dans et hors du monde.

 

Entre jazz, classique et musique ambiante, entre mélodie et harmonie, le piano de Jean-Christophe Renault égrène une musique épurée et lyrique qui flotte, s’emballe, valse en apesanteur et déroule comme de limpides souvenirs de voyage.
Formé à la musique classique comme à l’improvisation, il a joué avec Steve Houben, avec Didier Laloy ou avec sa fille Mathilde Renault qu’il a accompagné sur son dernier disque Lucky Number. Dans le jazz, il puise sa liberté d’écriture et dans de la musique impressionniste française sa force d’évocation et dans la world music, son goût du voyage. Après 10 années de silence discographique, le musicien revient pour inaugurer un nouveau label dédié aux musiques sans étiquettes. Artisan perfectionniste, il a affiné ses compositions dans sa retraite ardennaise. Douze poèmes sans mots nés sur l’ivoire du clavier entre les chants d’oiseaux et le silence des futaies.
L’album bénéficie d’une superbe édition en vinyle, limité à 500 exemplaires

 

 

Dans votre musique, vous essayez d’éviter deux choses : le conformisme et la virtuosité ?
La virtuosité n’est pas un vilain mot. Si je pouvais mieux jouer du piano, ça ne me déplairait pas. Les grands musiciens, c’est un peu comme les tous grands sportifs qui passent au dessus de leurs concurrents. La virtuosité de Glenn Gould, par exemple dépasse, la technique. Il joue quasiment sans pédale. Quand on regarde ses mains, non seulement il joue plus vite que la plupart des pianistes mais il fait aussi des liaisons avec ses mains, c’est incroyable. Je crois qu’il s’est tué en travaillant.

 

Vous sentez-vous limité par moments ?
Limité par rapport à d’autres pianistes, oui même si ce n’est pas une frustration, je sais qu’il y a des pianistes qui pourraient faire ce que je fais avec deux doigts.

 

C’est aussi parce qu’il y a ces limites là que c’est votre musique ?
J’utilise en fait très peu de notes. Comme je joue beaucoup sur les harmoniques, je n’ai pas besoin de beaucoup de notes. Un de mes maitres classiques est Frederico Mompou, un compositeur catalan. Quand on regarde ses partitions, il n’y a rien. Par contre, ce n’est pas si simple de le jouer pour que ça sonne bien. Un de ses chefs d’oeuvre s’appelle Musica Callada, qu’on pourrait traduire par la musique qui se tait.

 

Vous avez aussi dit que vous associez souvent les tonalités à des couleurs et à des humeurs ?
Au départ de l’album, je voulais faire le plus de tonalités possibles faire un double album. Ca concerne la moitié des compositions. Il devait s’appeler au départ Le clavier plus ou moins bien tempéré , mais j’avais peur que ça soit trop connoté surtout que ce que je fais n’avait rien à voir avec le clavier bien tempéré de Bach, c’était plutôt un jeu de mots.

 

Dans la virtuosité, il y a aussi un moment où on dépasse la technique ?
Pour moi, les très grands virtuoses peuvent rejoindre ceux qui font très peu de notes.

 

Dans votre discographie il y a beaucoup de piano solo, c’est là où vous avez l’impression de pouvoir aller le plus loin ?
C’est ce qui me vient le plus spontanément. Si je dois écrire pour d’autres gens, je le fais mais c’est vrai que le piano solo est la démarche qui est le plus proche de ce que je suis. J’adore aussi jouer avec d’autres musiciens. Comme j’ai fait énormément de musique en solo, c’est parfois difficile pour moi de trouver l’équilibre avec les autres instruments ou la voix alors que le piano se suffit à lui-même.

 

Qu’est-ce qui nourrit votre musique ?
C’est souvent des événements d’actualité. Là je suis en train d’écrire un blues pour George Floyd qui a été tué par la police. Quand ce sont des choses qui me touchent , j’ai besoin de le mettre en musique. Il y a cinq six ans, j’ai fait un blues pour Michael Brown, un autre jeune qui avait été assassiné. Je vais peut être en faire une série.

 

The incredible lightness of Nina’s hands est dédiée à Nina Simone
J’ai toujours été fasciné par son jeu de piano. Elle a rêvé d’être pianiste classique comme le personnage du film Green Book. Quand on pense à Nina Simone, on pense à la chanteuse évidemment, mais c’était aussi pianiste fantastique. C’est pour ça que j’ai écrit pour ses mains.

 

Quand vous jouez du piano, pouvez-vous dissocier vos mains de votre tête ?
Parfois oui.

 

C’est là que naissent des choses intéressantes ?
J’écris souvent le matin j’ai déjà remarqué je suis encore dans une espèce de semi-veille où les choses sortent sans qu’on s’en rende compte, comme disait Picasso en art quand on cherche on ne trouve pas. Après, c’est du travail, mais l’élan, cette chose qui vient de nulle part mais passe à travers moi, c’est ça qui est important. Après le reste, ce n’est que travail.

 

 

Jean-Christophe Renault, Ears Have No Eyelids, CD Flak records, 12 titres, 45 minutes