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Bons baisers
de partout

Didier Dillen -

La drague a beau être un phénomène universel, on ne séduit pas au Sud, comme on flirte au Nord ou à l’Ouest ! La séduction est aussi une affaire de culture. Petit tour du monde de la séduction ici et ailleurs…

Bon baisers de partout

Dans la plupart des pays, ce sont les garçons qui font en général les premières manœuvres d’approche. Culture machiste oblige, il ne fait pas bon pour une femme prendre l’initiative de la rencontre de manière trop évidente. Sous peine, doux euphémisme, de voir sa réputation en pâtir. Mais pas partout. Chez les Kazakhs du Xingkiang, en Chine, les grandes compétitions équestres sont très attendues, car elles sont l’occasion pour les filles de poursuivre les garçons à cheval, afin de se trouver un amoureux. Toujours en Chine, le peuple Moso, qu’on appelle aussi Na, est connu comme étant une société matrilinéaire. Les femmes n’y ont pas de mari, mais des amants de passage. Quand un homme veut séduire une femme, il lui vole son chapeau. Si la femme lui sourit, il est autorisé à venir la rejoindre durant la nuit. Chaque fille Moso bénéficie par ailleurs, et cela dès 13 ans, d’une chambre individuelle avec accès direct et poétiquement baptisée « babahuago » ou chambre des fleurs, le genre que l’on ne cueille pourtant qu’une fois ! Elle est libre d’y accueillir les garçons qu’elle souhaite, en général à la nuit tombée.

Flirt scandinave

En Norvège et plus généralement dans les pays scandinaves, les filles prennent aussi les devants et de manière particulièrement explicite. Un comportement conquérant souvent aidé, il est vrai, par un taux d’alcoolémie fort élevé, caractéristique des soirées entre jeunes du vendredi et du samedi soir. Résultat, les Norvégiennes font leur marché et les hommes attendent placidement, et assez bourrés eux aussi, que ces dames fassent le boulot. Beaucoup ne s’en plaignent pas. On ne s’étonnera pas non plus d’apprendre que la Norvège est le pays d’Europe où les aventures d’un soir sont les plus fréquentes : 70% des nationaux ont, semble-il, déjà expérimenté la chose !

Chocolats d’amour

Rien de tout cela au Japon, pays qui voit par ailleurs une incompréhension grandissante entre les deux sexes. Assez macho, obsédé par le travail, mal dans sa peau, le mâle japonais moyen ne fait plus recette auprès de la nippone moitié de l’archipel. Environ un quart des hommes entre 30 et 40 ans sont d’ailleurs puceaux, selon des chiffres très officiels. Sinon, pour séduire au Japon, il n’est pas inutile de se mettre en mode kawaii, une expression nippone qui signifie mignon, adorable. Il se traduit chez les japonaises par des attitudes de femme-enfant innocentes, une voix haut perchée et un rire enfantin, et chez les hommes, car les deux sexes sont concernés, par un look d’ado prépubère voire androgyne. Certains vont même jusqu’à se raser les jambes ! On fête aussi la Saint-Valentin au Japon, même s’il s’agit à la base d’une fête strictement commerciale. Ce jour-là, seules les femmes offrent du chocolat à leur petit ami ou au jeune homme qui a su les séduire. On parle alors de honmei choco. L’usage veut qu’une Japonaise simule la timidité afin de faire comprendre ses intentions. Un petit billet est parfois glissé dans le ballotin au cas où l’heureux élu n’aurait pas vraiment saisi. Les hommes attendent quant à eux le 14 mars, date du White Day, pour rendre la pareille, en offrant du chocolat, des bijoux ou de la lingerie, mais toujours de couleur blanche. Ne rien offrir en retour signifie que la proposition de la demoiselle n’est pas agréée par monsieur.

Mariages arrangés

Inutile de rêver d’amour aux pieds du Taj Mahal, par contre. Cela fait belle lurette que l’Inde n’est plus le pays de la volupté amoureuse. C’est même tout le contraire. Très conservatrice et patriarcale, la société indienne se caractérise par une extrême pudeur, qui limite autant que possible les relations hommes-femmes et les signes extérieurs de séduction : s’embrasser en public ou même simplement se tenir par la main est encore extrêmement mal vu. Mais comment fait donc un jeune Indien pour déclarer sa flamme ? Traditionnellement, il chante, siffle ou déclame un poème ! Il existe même tout un répertoire de chansons pour exprimer ses sentiments. Le pays vit cependant un large bouleversement des mœurs. La drague n’est plus cantonnée aux mégapoles comme Bombay ou New Delhi. Un peu partout, les jeunes craignent de moins en moins les démonstrations d’affection en public. Malgré cela, 80 à 90% des mariages sont encore arrangés par la famille. En Inde, on convole d’abord, on tombe éventuellement amoureux ensuite. Et on fait confiance aux parents pour choisir le meilleur parti possible. Tant pis pour le romantisme.

Pas de sexe avant le troisième rendez-vous

Les Américains eux, ne séduisent pas vraiment comme les autres. En tout cas pas comme dans les  séries et films d’Hollywood, trop libérés pour être honnêtes. Coincés entre une culture puritaine et un féminisme institutionnel, les rapports entre les sexes y  tiennent plutôt du 110 mètres haies. Électrifiées, les haies ! Attention aux paroles et aux gestes aguicheurs. On n’est pas en Italie, ici ! Hormis pour les coups d’un soir, la drague passe chez l’Oncle Sam par le respect scrupuleux du fameux code du dating, le rendez-vous amoureux. Lequel dating mène quasi invariablement au mariage. Le premier rendez-vous n’a d’ailleurs rien de très romantique : chacun estime l’intérêt potentiel du candidat assis en face de lui. Aventure sans lendemain ou affaire sérieuse ? Tout Américain qui se respecte est toujours à la recherche de Mister ou Miss Right, l’homme ou la femme de sa vie. Chacun aura donc pris soin de se montrer sous le meilleur jour possible : récuré et pomponné dans les moindres détails. Première règle du dating : surtout pas de sexe au premier rendez-vous ! On attendra impérativement la troisième voire la quatrième date.  Si on se plait suffisamment, on s’embrasse généralement à la fin du premier rencart. Ciné, resto, bar, menu, c’est à monsieur de choisir… et de régler l’addition. C’est aussi à lui de rappeler ensuite sa belle, du moins s’il est intéressé. La belle en question laissera souvent passer plusieurs jours avant d’accepter éventuellement un deuxième rendez-vous.

Drague à la belge

Qui l’eût cru ? Nos dragueurs belges sont réputés dans le monde entier pour leur redoutable efficacité ! Du moins quand il s’agit de désenvaser des couloirs de navigation ou de débarrasser les mers de leurs anciennes mines ! Mais comment se débrouillent vraiment les Belges en matière de drague ? En 2013, la marque de soda Gini, a demandé à l’institut de sondage Rogil de mener une enquête sur la séduction noir-jaune-rouge auprès de 400 cents personnes. Le résultat est plutôt encourageant : la séduction est une préoccupation pour 85% d’entre eux. Près de 80% sont même flattés lorsqu’ils attirent un regard coquin ou un sourire complice. 38 % des sondés déclarent aussi séduire spontanément chaque mois. Ils sont 18 %  à le faire chaque semaine et 8 % tous les jours ! Même quand ils sont en couple ! Le Belge serait-il un serial dragueur ? Et quels sont les petits gestes et les trucs qui font craquer nos chers compatriotes ? Pas la drague insistante en tout cas, qui incite 60% des femmes interrogées à la méfiance. La méthode de drague préférée des Belges tous sexes confondus : pour 59% d’entre eux, une approche timide et maladroite à la Hugh Grant, dans le film Notting Hill. Aborder gentiment ces dames serait déjà suffisant pour amadouer 30% d’entre elles. Elles aiment aussi quand on les écoute avec attention. Quant aux hommes, ils seraient tout de même un sur quatre à apprécier une partenaire à l’approche plus directe. Enfin, surprise, le bouquet de fleurs semble ne plus avoir la cote auprès des dames : à peine 6% apprécient le geste de la part d’un prétendant ! Un mythe s’écroule.

Galanterie d’ailleurs, méli-mélo    

Amérique très latine : la picardía, c’est l’arme de séduction n°1 du gaucho, et plus généralement de l’homme argentin. Elle est constituée d’un mélange d’espièglerie à double sens, sexuel le plus souvent. La population argentine est en grande partie composée d’immigrés notamment italiens, ceci explique peut-être ce comportement de drague très latin.

Regards de braise : Dans de nombreux pays, une femme, surtout étrangère, n’est pas censée pratiquer des œillades, séduire ou bavarder avec un homme. Cela peut vite être interprété comme une invite sexuelle.

Patience : En Chine, la période de flirt peut parfois durer jusqu’à un an pour les femmes les plus courtisées. Sans garantie de résultat. Il est aussi d’usage pour l’homme d’offrir de nombreux et coûteux cadeaux, afin de montrer qu’il a les moyens.

Sénégalaises : Leur réputation est célèbre dans toute l’Afrique. Elle a même été célébrée par Mandela. Déhanché ravageur, petits pagnes sexy et parfums capiteux font partie de leur arsenal, mais leur arme de séduction massive reste les bine bine, des parures de perles qu’elles portent sur les hanches et savent faire tinter de façon aguicheuse. Les marchés locaux en sont remplis.

Plus d’anecdotes dans le livre Sex’traordinaire, Didier Dillen, éditions La Boîte à Pandore, 18,90 €. Disponible sur notre BAZAR e-SHOP

Lisez aussi L’histoire amoureuse des Belges, Didier Dillen, éditions Jourdan, 17,90 €. Disponible sur notre BAZAR e-SHOP.

 

Retrouvez toutes les semaines la rubrique MetroBoulotSexo, un regard espiègle et toujours bien documenté sur ce qui se passe généralement sous la ceinture, par Didier Dillen du blog Love,Sexe etc

 

Illustration TaraM